En route pour Les Voyages Extraordinaires TM avec Alfredo Arias
Alfredo Arias – © Van Cleef & Arpels – Photo Patrick Swirc
Qui, mieux qu’Alfredo Arias, pourrait nous entraîner au coeur des Voyages Extraordinaires, la nouvelle collection Haute Joaillerie de Van Cleef & Arpels prochainement présentée lors de la Biennale des Antiquaires ? Rencontre avec un poète magicien.
Metteur en scène, dramaturge, comédien, meneur de troupe, bateleur, conteur unique en son genre, magicien des mots, inventeur d’un langage théâtral mêlant danse, musique et dialogues poétiques… Impossible de définir parfaitement Alfredo Arias. Quant à résumer l’univers de cet Argentin aussi fantasque que talentueux, Parisien d’adoption depuis quarante ans, les mots féerie, humour, rêve et merveilleux suffiraient à peine à en cerner les contours. Pour Van Cleef & Arpels, ils illuminent la vie comme les couleurs qui font chatoyer ses pierres de caractère, ils riment avec la poésie qui émane des collections de Haute Joaillerie. Ces deux univers magiques étaient voués à se rencontrer. C’est chose faite avec la présentation des Voyages Extraordinaires à la Biennale des Antiquaires. A cette occasion, Alfredo Arias a conçu une véritable mise en scène, digne de ses plus fameuses créations pour La Scala de Milan ou l’Opéra de Paris. Au fil de réponses malicieuses, l’artiste nous donne accès à son prodigieux imaginaire dont il nous révèle quelques arcanes.
Si Les Voyages Extraordinaires de Van Cleef & Arpels m’étaient contés… par Alfredo Arias…
Alfredo Arias – © Van Cleef & Arpels – Photo Patrick Swirc
Jules Verne, un univers d’enfant, votre imaginaire… Quels mondes vous ont inspiré pour créer le décor de la collection Les Voyages Extraordinaires ?
Alfredo Arias : Les mondes de Jules Verne, bien sûr, mais aussi ceux de Méliès, que l’on pourrait qualifier de parallèles, avec la découverte du cinéma fantastique, une sorte de mélange entre le théâtre, la fantaisie et le rêve. Ces mondes-là me sont familiers – j’avais d’ailleurs même pensé à un moment donné faire un spectacle sur Méliès, car il a exploré, dans ses films annonciateurs, des thèmes présents dans la collection de Haute Joaillerie exposée à la Biennale. Je n’ai finalement eu qu’à rouvrir un espace qui m’était familier, revisiter quelque chose qui était à moi. Lorsque l’on m’a consulté sur cette thématique, je n’ai pas eu besoin de relire ou revoir des livres : j’avais ici, autour de moi, déjà beaucoup de documents sur cette période-là. Avec Ruben Alterio, qui m’a aidé à concrétiser les premières images de ce décor, je me suis toutefois imposé une seule règle : ne pas reproduire ou reconstruire une période ou une image donnée, mais travailler librement.
Quelles affinités avez-vous avec l’univers de la joaillerie ? Le bijou est-il, pour vous, porteur d’une valeur symbolique ?
En général, je m’intéresse à la mode, à la photographie… finalement, à tout ce qui procède du raffinement de la pensée, porté par une personne. Tous ces domaines-là, qui vont des pieds à la tête, ont toujours été un sujet de curiosité. Je me suis d’ailleurs occupé de l’ouverture d’un musée de la mode dans le Pavillon de Marsan au Louvre. Au fils des ans, j’ai eu l’opportunité d’apprendre beaucoup sur les vêtements et les bijoux, sur ce que j’appellerais le Grand Artisanat.
Curieusement, le bijou est pour moi une espèce de condensation de l’esprit. Il représente intimement une personne car le choix d’un bijou va au-delà de la représentation que pourrait avoir celui d’une robe : c’est un objet qui exprime un sentiment, symbolise l’âme, l’esprit d’une personne. Aucun bijou n’est porté d’une façon indifférente : le bijou est révélateur de l’intime, qu’il exalte et magnifie.
Van Cleef & Arpels est une Maison qui évolue dans un univers merveilleux et féerique…
Cet univers m’a bouleversé. C’est un défi, dans cette époque morose, dans laquelle les gens se retrouvent dans une situation de crainte face à la réalité, qu’une Maison puisse offrir autant de fantaisie, autant d’envol et autant de créativité. Et qu’elle le fasse d’une façon si généreuse ! Avec Les Voyages Extraordinaires, nous ne sommes pas dans le bijou « design » : cette collection offre la possibilité d’avoir des pièces uniques, une occasion, qui ne se reproduira plus, d’acquérir quelque chose d’extraordinaire. Avoir la chance de découvrir un tel niveau de savoir-faire et de créativité, c’est, je pense, un rendez-vous que les amateurs, les passionnés et les collectionneurs ne doivent pas manquer.
Chacun de vos spectacles est l’occasion d’un rendez-vous avec une histoire merveilleuse. Van Cleef & Arpels est une Maison qui raconte, elle aussi et à sa manière, des histoires. Quel écho ce point commun a-t-il trouvé dans le conteur magique que vous êtes ?
Je rencontre la Maison pour la première fois, j’arrive avec un regard neuf : voilà qui donne une liberté fabuleuse et décuple le plaisir de découvrir cette collection merveilleuse. On m’a bien sûr demandé pourquoi j’avais accepté ce projet : ce qui m’intéresse, depuis toujours, est la possibilité d’entrecroiser les disciplines. Alors, bien sûr, je n’aurais manqué ce rendez-vous, qui est en plus un événement artistique de haut niveau, pour rien au monde ! Je pense que la joaillerie est un art, ou qu’elle relève du Grand Artisanat, qu’elle laisse une empreinte légitime dans le monde de l’art. Je suis heureux de pouvoir exalter cette rencontre de l’art et du Grand Artisanat, d’y apporter ma réflexion. C’est très inspirant, c’est comme un envol. Et je suis pour cette ouverture, cette synergie entre artistes, entre un artiste tel que moi et une Maison qui, déjà, fait appel à de véritables artistes dans leurs métiers de la joaillerie.
On a un respect absolu pour une oeuvre d’art devenue pratiquement intouchable, purement spirituelle. Pour moi, le bijou porte une charge spirituelle semblable. Et c’est cette vision qui m’a inspiré pour mettre en scène Les Voyages Extraordinaires.
Justement, quel est votre voyage extraordinaire ? A-t-il déjà eu lieu ou appartient-il au domaine du rêve ?
Un voyage extraordinaire peut être un déplacement dans l’espace – l’espace devient alors la notion extraordinaire du voyage-, mais il peut aussi prendre la forme d’un déplacement dans le temps. Et puis, il y a aussi l’extraordinaire, tout seul. Une sorte de voyage intérieur, la découverte de notre imaginaire, d’une fantaisie. Avec cette collection, nous découvrons que nous avons tous une capacité de fantaisie extraordinaire ! Lorsqu’on dit qu’on invite les gens à un voyage extraordinaire, on leur dit : vous avez la capacité de rêver, rêvez avec nous. Ces bijoux vous amènent directement au rêve. En ce sens, j’ai beaucoup voyagé dans ma vie, mais je suis toujours dans l’expectative d’un voyage extraordinaire, qui aurait le visage de la découverte d’un sujet, d’une histoire, d’un conte. En tout cas, à l’occasion de cette exposition à la Biennale, nous avons la possibilité de faire ces deux choses, rêver et voyager. Cette collection évoque un voyage dans le temps et dans l’espace. Elle incarne totalement la fantaisie.
On dit qu’on retrouve chez vous des éléments des décors de chacun de vos spectacles. Dans celui créé pour la Biennale des Antiquaires,
qu’aimeriez-vous rapporter chez vous ?
J’attends de les voir en vrai ! Vous savez, il est parfois compliqué de vivre avec certains objets qui retranscrivent un imaginaire très fort, des machines, des fusées, des sous-marins… je me vois mal les amener chez moi ! En revanche, j’aimerais beaucoup avoir l’une des quatre cariatides qui symbolisent chacune un voyage. Pour qu’elle me tienne compagnie, pour continuer le voyage en sa compagnie…
Les Voyages Extraordinaires de Van Cleef & Arpels parlent des quatre éléments, l’eau, la terre, le feu, l’air… Duquel vous sentez-vous le plus proche ?
Le plus rassurant, selon moi, est la terre, c’est là où l’on a cette possibilité d’être. L’air, c’est déjà une sorte d’immatérialité, on voyage dans l’air… Si je pense que je suis dans l’air, j’ai une crise de panique ! En même temps, ce qui est incroyable, c’est que l’air nous permet de traverser le monde. Quand je pars pour Buenos Aires, il me semble incroyable que l’air me permette d’arriver en 14 heures à l’autre bout du monde, où la lumière est si différente par rapport à Paris, alors je remercie l’air.
L’eau est très introspective. L’eau, comme le feu, a cette caractéristique d’être extrêmement hypnotique, de vous renvoyer à vous, de percer à l’intérieur de vous-même, ce qui a un côté apaisant.
Il nous reste le feu.
Mais le feu, je m’en méfie… On se brûle une fois, mais on ne veut pas se brûler deux fois. S’il faut l’évoquer au travers des pierres, il me fait penser à quelque chose d’incandescent, de fort. J’imagine que lorsqu’un joaillier choisit de l’évoquer à travers des pierres qui en ont la couleur, il veut signifier quelque chose d’une grande intensité, un très grand sentiment. Le feu est redoutable, mais tellement séduisant…


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